5/25/2017

Fondamentale


Il n'y a pas
de différence fondamentale
entre le rire de nos enfants
la peau de tes fesses
ou les pivoines en fleurs
toutes les vraies beautés
sont à la fois infiniment solides
et infiniment fragiles

5/24/2017

Reflet

 

En un instant il n'y a plus
que la verdure bouillonnante
du soleil dans les feuillages
et l'on s'aperçoit soudain
dans l'ombre agitée d'ambre
avec le soupçon supplémentaire
de chaleur nécessaire
pour s'aimer
un tout petit peu mieux

5/22/2017

Le temps d'un battement de cil


On croise des regards durs
des robes légères
de ces mensonges
que l'on fait plus à soi qu'aux autres
des blés verts et puissants
des enfants effrayés
un parfum qui s'échappe
et quelques rires
à l'aplomb des fleuves
ces souvenirs de certitude
la beauté impassible
des chevaux
avec minutie
et sans la moindre méchanceté
le vent balaye tout ça

5/20/2017

Personne ne gagne de Jack Black - MonsieurToussaintLouverture

Personne ne gagne de Jack Black

Précommande. En librairie le 1er juin. 

De San Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un voleur: parfois derrière les barreaux, toujours en cavale. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du vingtième siècle. Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des ­conven­tions. Qu’il soit hors-la-loi, opiomane ou source d’inspiration pour Kerouac et Burroughs, qu’importe, qu’il vole au devant de la déchéance ou qu’il flambe comme un roi, qu’importe, Jack Black n’est guidé que par son amour de la liberté. C’est dur, c’est brut, c’est profondément américain. Black est peut-être un vaurien, il est surtout un conteur qui, sans jugement, joue avec son passé afin de nous remuer et de nous re­mettre sur le droit chemin.

Traduit de l'anglais par Jeanne Toulouse.

Format 12,5 x 19 cm. 480 pages. Jaquette dorée à l'argent. Préface de Thomas Vinau. Postface de William S. Burroughs. Essai de Donald Kennison. 

* Les grands animaux est la première collection de Monsieur Toussaint Louverture. Elle va s'efforcer de réunir de grands livres, des romans cultes et des chef d'œuvres dans des traductions toujours travaillées jusqu'au bout, accompagnées d'une préface ou d'une introduction inédite, et, tout à la fois, publiés de façon éclatante et abordable.


Je signe la préface de ce chef d'oeuvre, honneur et bonheur ! 

5/18/2017

Je le sens bien

ça sent le foin
le chèvrefeuille
et puis l'orage
ça sent le lit
et la terre chaude
et le matin
ça sent la vie
j'ai des idées
dans les narines

5/17/2017

19 Mai à 18 h - Lecture Bibliothèque du Carré d'Art - Nimes - avec Estelle Fenzy

Le 19 Mai à 18 h, je partagerai la scène de la bibliothèque du Carré d'Art de Nîmes avec Estelle Fenzy sur l'invitation de Guillaume Boppe pour une heure de lectures partagées. Je lirai des extraits de Collection de Sombreros ? paru Chez Vincent Rougier, et de Il y a des monstres qui sont très bons paru au Castor Astral.


Yu 're Welcome !

5/16/2017

Y'a du rosé pour le goûter

une pie s'enfuit
avec dans le bec
un morceau entier
de l'aprés-midi
le soleil dit à l'ombre
que la sieste est fini
mais ce que le soleil dit
...

5/14/2017

La vie est une tartine de ...


La cafetière fait le bruit d'un vaisseau spatial qui atterrit. Les chauves-souris ronflent et Iron-man mange une pomme. Dans le vieux buffet j'ai trouvé un pot de confiture de mami. Sur l'étiquette de sa belle écriture dressée à la plume est écrit figue 1994. Elle a vingt trois ans. Je l'ouvre. Couvercle toujours hermétique. Elle est presque noire. On voit les grosses fesses des figues cristalisées  qui dépassent. Je goûte. Toujours bonne. Un souvenir de fruit momifié dans le sucre. Il y a vingt trois ans, j'étais un puceau binoclard en surcharge pondérale avec des chemises trop larges et des doc' marteens. J'écrivais des poèmes du genre "ce soir la lune est belle/ sa lumière me rassure/ je sens bien qu'elle m'appelle/ j'apprécie son murmure". J'aimais déjà des filles qui ne m'aimaient pas. Je savais déjà que la vie est courte mais je n'avais pas encore perdu trop de gens que j'aime. Je savais déjà que la vie est belle mais que je ne serai jamais le roi des poubelles comme Rif Raf dans les Entrechats. Je ne savais pas quoi faire de moi. Je savais que j'étais ridicule mais je ne savais pas que le monde entier est ridicule et qu'il suffit parfois d'être ivre comme lui et de se laisser aller à danser dans le noir. Aujourd'hui les enfants jouent dans la lumière du matin pendant que j'écris ce texte. Je leur ai fait goûter la confiotte. La cafetière a atterri depuis longtemps. J'ai mangé quatre tartines.

5/08/2017

La buse

Au fond du bleu, loin par dessus les lignes d'écriture des vignes tordues, une buse tourne au milieu d'un groupe de martinets. Elle fait trois fois leur taille. C'est une mauvaise façon de se cacher dit l'enfant. Non c'est une bonne façon de se montrer dit l'autre.

André Dhôtel

5/07/2017

Au bord de la peur

Au matin sous les coupes défaîtes, autour des bols fumants, chacun raconte son cauchemar. L'un, poursuivi par une horde de corbeaux cannibales qui plantaient leurs becs dans les portes. L'autre, affublé d'un furoncle dont le cratère d'abord minuscule atteint vite la taille de l'embouchure d'un tube de mayonnaise dont un flot de sébum verdâtre gicle en lui déchirant la peau du pouce. La troisième, errante sans fin dans les ruelles sombres d'une ville à la recherche de son nourrisson perdu dont l'écho des cris heurte sans fin la grisaille des murs. La cafetière ricane. Double couche de confiture de fraise sur le beurre des tartines. Les yeux brillent au milieu des visages délassés. On rigole franchement des détails absurdes de ces terreurs noctures, ces frayeurs irréelles. Secrètement rassuré.

5/05/2017

"Un tonneau était près du feu, et un mendiant sur le tonneau. C'était le roi sur son trône."

"Par les ongles du diable ! interrompit Clopin, ton nom, maraud, et rien de plus. Écoute. Tu es devant trois puissants souverains : moi, Clopin Trouillefou, roi de Thunes, successeur du grand Coësre, suzerain suprême du royaume de l'argot ; Mathias Hungadi Spicali, duc d'Egypte et de Bohême, ce vieux jaune que tu vois là avec un torchon autour de la tête ; Guillaume Rousseau, empereur de Galilée, ce gros qui ne nous écoute pas et qui
caresse une ribaude. Nous sommes tes juges. Tu es entré dans le royaume d'argot sans être argotier, tu as violé les privilèges de notre ville. Tu dois être puni, à moins que tu ne sois capon, franc-mitou ou rifodé, c'est-à-dire, dans l'argot des honnêtes gens, voleur, mendiant ou vagabond. Es-tu quelque chose comme cela ? Justifie-toi ; décline tes qualités.
   — Hélas ! dit Gringoire, je n'ai pas cet honneur. Je suis l'auteur…
   — Cela suffit, reprit Trouillefou, sans le laisser achever. Tu vas être pendu. Chose toute simple, messieurs lesclopin honnêtes bourgeois ! comme vous traitez les nôtres chez vous, nous traitons les vôtres chez nous. La loi que vous faites aux truands, les truands vous la font. C'est votre faute si elle est méchante. Il faut bien qu'on voie de temps en temps une grimace d'honnête homme au-dessus du collier de chanvre ; cela rend la chose honorable. Allons, l'ami, partage gaiement tes guenilles à ces demoiselles. Je vais te faire pendre pour amuserles truands, et tu leur donneras ta bourse pour boire. Si tu as quelque momerie à faire, il y a là-bas dans l'égrugeoir un très-bon Dieu le Père, en pierre, que nous avons volé à Saint-Pierre aux Bœufs. Tu as quatre minutes
pour lui jeter ton âme à la tête. »
   La harangue était formidable.
   " Bien dit, sur mon âme ! Clopin Trouillefou prêche comme un saint-père le pape, s'écria l'empereur de Galilée en cassant son pot pour étayer sa table.
   — Messeigneurs les empereurs et rois, dit Gringoire avec sang-froid (car je ne sais comment la fermeté lui était revenue, et il parlait résolument), vous n'y pensez pas ; je m'appelle Pierre Gringoire, je suis le poète dont on a représenté ce matin une moralité dans la grand'salle du Palais.
   — Ah ! c'est toi, maître ! dit Clopin. J'y étais, par la tête-Dieu ! Eh bien ! camarade, est-ce une raison, parce que tu nous à ennuyés ce matin, pour ne pas être pendu ce soir ?"
(...)

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

5/04/2017

J-Cl. Pirotte lit des extraits de "Blues de la racaille"

On s'y fait


(Yoshisuke Kurosaki illustration from Japanese Children’s Favorite Stories, printed in Japan, 1953)

On ne sait pas
de quoi demain sera fait
on ne sait même pas
de quoi tout à l'heure sera fait
ni même de quoi 
maintenant est fait
pas plus que de quoi
hier était fait
On ne sait pas faire
ni défaire d'ailleurs
faire ou défaire
c'est toujours galérer

5/03/2017

azertyuiopécédaire, Roger Lahu, Gros Textes



"on doit parfois écrire le poème 
à la Pioche
quand le terrain est dur
mais des fois une toute petite sarclette
suffit"

azertyuiopécédaire, Roger Lahu, Gros Textes

5/02/2017

C'était le bon temps


( Ruth Gannett illustration for the 1946 book Miss Hickory)

Chaque soir
assis en cercle
autour de l'agonie d'une étoile
nous nous tricotions des mensonges
en laine de vérité

le chant mal connu
de drôles d'oiseaux tordus
tenait lieu de virgule

Pour les points
il y avait la terreur

ensuite
nous nous léchions les doigts
du musc sucré
des petits jus de la nuit




Vîrus x Jehan-Rictus - Prière

5/01/2017

Le souffle

L'étouffement
attiser les braises
le premier le dernier
la petite respiration du sexe
la cavalcade essoufflée
le halètement des sanglots 
celui de la terreur
le hurlement époumoné
la bouffée de la prière 
ou du rire
ou de la fumée
l'apné


le poème 
c'est dans les poumons

André Minvielle & Christophe Monniot - Étranges Étrangers - Live @ Le pont des artistes #12


4/30/2017

Le peut âbre - Louise Michel

"Jadis, là, dans un hermitage, vécut pendant longtemps un malandrin, saint homme pendant le jour, détrousseur  de voyageurs pendant la nuit, à qui les braves gens du pays payaient en chère lie des prières pour les délivrer du peut âbre qui courait le bois et la plaine, sitôt le lever de la lune.
Et, sitôt aussi le lever de la lune, se retirait le saint homme dans la solitude, car le peut âbre c'était lui!"
Louise Michel, Mémoires, Flibuste