5/24/2018

C'est pour ça que ça nous sauve

On le sait depuis qu'on est là. Être là c'est le savoir. Ça se joue dans le nœud du muscle. Durci de colère et de peine. La saine colère. La saine peine. Ça se joue dans les dents. Celles qui encaissent. Celles qu'on montre. Celles qui brillent même noircies lorsqu'on sourit. Ça se joue dans ce qui trébuche au fond de la gorge. Ça coince. Ça passe pas. Et quand ça passe ça se passe trop vite et ça revient. Et c'est trop tard. C'est toujours trop tard. Dans les chants d'oiseaux cassés à nos pieds. Coupés par le froid. Dans le creux des ventres. L'éclat d'un astre au creux des ventres. Dans l'amour du sang. L'acide des peaux abandonnées. La corrosion des solitudes. Tu caresses et la viande te reste sur les doigts. C'est une chanson d'enfant dans le silence hurlant. C'est minuscule. Impossible à rassasier. Ça se joue pour rien. C'est pour ça qu'on joue. C'est perdu d'avance. C'est pour ça que ça nous sauve.  Parce que c'est perdu d'avance.

Samedi 26 Mai - Médiathèque du Grand Cahors


5/22/2018

Sibylle Baier - The end

Poétwit #14









5/17/2018

Frankestein

Tu poses les mots morts
sur la table de dissection 
le parapluie parfum de pluie
avec la beauté de lilas gris
d'un rendez-vous manqué
la machine à coudre 
 roulette usée des jours
dans la cuisine propre
et les chevilles de ta grand-mère
tout ce qui vit sent quelque chose
fou fortuit comme foudre
tu insuffles dans la nuit
une odeur 
pour chaque mot

5/16/2018

Oxmo Puccino - Le Laid

Pense à nourrir la plante carnivore avant d'aller jeter les cendres

Le jour se lève dans les pivoines
t'as les pétales tout décoiffés
les asticots dansent le pogo
sous les poubelles

Les pigeons sont des chimpanzés
et les pies des panthères mouchetées
la balayeuse municipale
ronfle avec la nonchalance
d'un hippopotame

5/14/2018

Après le déluge

Après le déluge le soleil brillait trop. Par dessus les ruines étincelantes, le ciel était bleu comme un gyrophare des urgences qui ne viendrait sauver personne.

5/12/2018

un deux trois soleil - T"as qu'a pas voler chez les autres.

Pirouette cacahuète et éternité

J'ai un caillou vert dans la poche
un cadeau de mon fils
je le garde toujours
le sens contre ma cuisse
en m'asseyant devant mon bureau
pendant que le jour escalade le silence
le lapin cage ouverte
va crotter sur le canapé
je suis seul dans le dépli des ombres
ou le dépit des hommes
à regarder longtemps
la peau de planète
lisse et grêlée
météorite douce
d'une vieille coquille d'amande
dans le matin qui se lève
je voudrais parler du temps qui passe
de ce que ça fait à l'amour
de ce que ça fait à nos corps et à nos vies
les mots papier de verre
qui nous rabotent le coeur
nos vieux jeux de sorciers
la patine nous rendant glissants
comme des cuirs de reptile
filante entre les doigts
impossible
à retenir
mais qui aussi
de temps en temps
nous arrondit
les angles des yeux
en forme de douceur
Même quand on ne se comprend pas
je veux vieillir avec toi
l'amour ça vit toute une vie
voilà ce que je sais
c'est un peu con d'écrire
ce genre de trucs
je veux vieillir avec toi
l'amour ça vit toute une vie
voilà ce que je sais
et puis j'ai ma fierté
barbue et tatouée
alors je commence par dire
le caillou vert
les crottes de lapin
et l'amande météorite
par ce poème
je trampoline
pirouette jusqu'à la patine
et retombe sur mes pattes
sous les applaudissements des oiseaux
sans troubler le moins du monde
tes petits ronflements
de sorcière bien aimée

5/08/2018

Ravel - Mother Goose (The Fairy Garden)

Bête de Mai



Toute d'opulence débordante. Juteuse et cambrée à la ni une ni deux. Toujours tremblante, agitée, vrombissante. Zinzinulée acidulante. Complètement spiralée. De papilles en pétales et d'éclats d'ailes en reflets plumeux.  Aux gouttes callipyges. Aux viandes juteuses. Aux terres gorgées. Aux tiges tendues. A la soie fraîche des ciels. La couche des nuages. Sublime et dégueulasse. Aux frémissements pulpeux et tendre de chaque vert. Au halètement des couleurs. De cris crus. Violets. Ocres. Roses. Rouges. Bleus. Purpurin. Incandescents. Céladon zinzolinant et fuchia flamêché. Aux éclats immaculés vautrés dans la boue. Aux rebonds glissants de la lumière. A l'appétit de toutes les matières. La soif des souffles et des sèves. Les pentes. Les ascensions. Le jeu des ombres. Le mensonge qui sent dans les vents dépeignés. Trivialement magique. Magiquement triviale. Terre bête de Mai.

5/05/2018

Nos cernes sont vos nids

Les oiseaux 
qui vivent dans les gares
picorent nos départs ratés
quand vient le soir
ils retournent nicher
au fond du regard las
d'une mendiante fatiguée

Grave


Mano à mano

Ce jour à 15h28
 gare de Lyon Part Dieu
un balayeur
a ramassé le monde
avec ses mains sans gant
pour le sauver
Heureusement
personne
n'a
rien
vu

Dinos - Flashé (clip officiel)

Les aventuriers de la couleur perdue



Dans la salle petits déjeuners de l'hôtel première classe près de la gare de Lyon, les chaises sont vertes et rouges et oranges. Sur les murs des tableaux de la fête des lumières entre des fenêtres aux palettes vert prairie encadrent les scintillements bleus d'un écran géant. Je compte pas moins de trente spots lumineux entre le buffet et le plafond et puis les machines à tropicana et à café brillent entre les frigos de mets plastifiés. Toutes les conditions photosensibles ont été optimisées pour nous aider à nous traîner d'hier à demain sans trop songer à toutes les couleurs que nous avons perdues.

4/30/2018

THOMAS VINAU | 76 CHIENS, ÉTOILES ET INCONSOLÉS - François Bon

Tout seul tout rond tout vrai dans la nuit François Bon lit-vit mes textes, et Magic Malik joue du siffletà nez (le second que je vois de ma vie avec celui de mon fils) et Shane fait un bisous baveux à Joubert, et Robert Jonhson shake Guillevic, et Amy sourit. Merci ! C'est beau !


4/29/2018

Tom Misch - Crazy Dream [feat. Loyle Carner] (Official Video)

Densité confiture et beurre salé

 
Devant mon bol, corps voûté, front chargé, yeux bas. Le robinet de l'évier me prend un peu de haut. Le bec du dégraissant me regarde de travers. Et ces verres sales près du demi citron médisent dans leur coin. Là bas, à côté de la menthe qui fane (dignement elle), la théière pouffe. Une unique pauvre mouche ne fait même plus de bruit contre la vitre sale. Pudeur peut être. L'horloge et le frigo chuchotent ce refrain triste. La lumière monte sans hâte sur le silence immobile des objets de la cuisine. Tous droits dans leurs bottes. Solides et impavides. Bien en place. A leur place. Les miettes sur la table, toujours compatissantes, murmurent gentiment bien sûr tu es grotesque, et ça n'a rien de grave... à partir du second café, fermente ma première vapeur de pensée. Je me dis, avec toute la gravité métaphysique que cela implique : "Ce rouleau de sopalin est d'une consistance incroyable !"

4/27/2018

La vie c'est trop mimi



Il y a des jours comme ça
où on aimerait simplement
être un petit serpent
un petit serpent tout mignon
très coloré très venimeux
pour pouvoir gentiment
onduler et glisser 
dans le vagin du printemps